Crois tu qu’un jour il y aura des arbres, des arbres avec de l’absinthe pour sève ? Crois tu qu’un jour il y aura des étincelles de plumes qui jailliront de nos doigts ? J’ai cru, oui je sais qu’un jour j’ai cru sans savoir, sans connaître et sans raison. Mais un jour qui passe est un jour qui se meurt pour nous faire vivre. Dans l’hier il y a encore le bruit feutré de la pluie qui fait battre les yeux. J’ai souvent trop vite fermé les yeux, empêchant parfois d’y laisser filtrer le soleil, aveuglé, aveuglant, diurne. Alors je longe ce trottoir, non pas celui là, celui d’en face. Face à eux, face à toi, dos à moi. Je baisse la tête comme pour rendre louange au bitume et le fouler de mes talons. Je devrais rentrer non ? Je n’ai plus l’idée d’où je suis. J’arpente la non avenue,  je la remonte contre toute idée. Les idées, j’y songe, je les emboîte comme tu le fais avec mes pas. Tu as beau hurler ma peine et crier mes peurs, j’en reste muette mais délestée. Tu as froid ? Nous avançons paumes au ciel. Ton odeur, je la sens, je l’ai toujours sentie, je la fais mienne. Depuis combien de nuits ? Les nuits de toute une vie. La foule est absente, la foule ne nous atteindra jamais. Courons, jusqu’à faire pleurer nos poumons, jusqu’à faire exploser nos veines. Il est temps, le temps qui fuit, qui se heurte, qui s’ennuie, il est temps de traverser. Il nous faut rejoindre la rive. Peut être devrions nous rentrer…